Espace Public — Publié le 24 mai 2016

L’avenue de Stalingrad sacrifiée pour une station de métro inutile !

L’avenue de Stalingrad, entièrement réaménagée il y a moins de 10 ans, serait complètement éventrée pour accueillir la nouvelle station de métro Constitution.

La commission de concertation se réunit ce mercredi 25 mai suite à l’enquête publique sur le projet de cahier des charges de l’« étude d’incidences relative à la construction d’une station de métro sous-terrain, les tunnels de raccordement de cette station et la réfection des espaces publics ».

Ce projet consiste, dans les grandes lignes, en :

  • la création d’une nouvelle station, baptisée « Constitution », pour les trams et le métro, située entre la Gare du Midi et la station Lemonnier qu’elle « remplacerait » ;
  • la création d’une nouvelle station pour les trams à la Gare du Midi et d’une trémie d’accès dans l’avenue Fonsny ;
  • le creusement de plusieurs tunnels (notamment sous le Palais du Midi) ;
  • la réfection des espaces publics impactés par les travaux.

Le montant de ces travaux est évalué à 168 millions (hors tva).

Ce projet n’est qu’un maillon d’un ensemble plus vaste : celui du projet de métro Nord. L’ARAU a récemment consacré une analyse[1] aux conséquences négatives qu’aurait ce projet sur l’offre de transport de la STIB : les nombreuses lignes de tram qui empruntent actuellement les tunnels du pré-métro seraient modifiées au détriment des usagers d’Uccle, de Forest, de Saint-Gilles, de la gare du Midi et de la station Lemonnier (moins de fréquence, plus de correspondances, allongement des trajets vers des quais situés plus loin de la surface).

Les habitants et les commerçants des quartiers concernés ne seraient pas non plus épargnés puisqu’ils devraient subir des chantiers longs (estimés à 5 ans) et lourds de conséquences. La voirie devrait être éventrée à plusieurs endroits (boulevard Jamar, boulevard Lemonnier, avenue Fonsny, avenue de Stalingrad…), ce qui nécessiterait notamment l’abattage de 113 arbres (seuls 79 seraient replantés). La zone la plus lourdement touchée serait l’avenue de Stalingrad, sur 200 m de long et sur toute sa largeur (37 m). Cette avenue a pourtant été complètement réaménagée, de manière qualitative, il y a moins de 10 ans dans le cadre d’un contrat de quartier… Un nouveau chantier ne pourrait que déstabiliser les commerçants du quartier alors qu’ils sont déjà nombreux, partout dans le centre-ville, à subir une crise majeure.

Outre ces « dommages collatéraux » qui seraient « limités » à la durée des chantiers, certains aménagements auraient des conséquences définitives. Celles-ci, concernant l’avenue de Stalingrad, ont notamment été soulignées dans un avis de la CRMS[2] qui stipule expressément que :

  • « la promenade centrale arborée, dévolue aux piétons, ne peut être interrompue par le bâtiment d’accès nord à la station de métro ;
  • le tracé des voies latérales de l’avenue de Stalingrad ne peut être hypothéqué par l’implantation de l’autre bâtiment d’accès au métro ;
  • les alignements d’arbres doivent demeurer continus jusqu’à la Petite Ceinture de manière à conserver la lisibilité de l’axe structurant de l’avenue de Stalingrad depuis le boulevard du Midi. »

Du côté de la Gare du Midi, la création d’une trémie dans l’avenue Fonsny ne ferait que renforcer la déconnexion entre la gare et les quartiers environnants, déconnexion à laquelle le schéma directeur Quartier Midi, récemment approuvé, tente pourtant de remédier…

 

Conclusion : l’ARAU demande l’étude d’une alternative en surface

Le projet tel que proposé engendrerait des dommages considérables pour les habitants des quartiers concernés mais aussi pour les usagers de la STIB, et ce sur une grande partie du territoire régional : l’étude d’incidences doit donc tenir compte des implications globales du projet de métro Nord dont le projet de station Constitution n’est qu’un des maillons.

Concernant plus précisément le projet de station Constitution, l’ARAU demande que l’étude d’incidences étudie de manière scrupuleuse l’alternative consistant à renoncer au projet de métro Nord au profit d’une optimisation des infrastructures existantes et au développement du réseau de surface.

Concrètement, il s’agit de :

  • maintenir en souterrain les lignes 3 et 4 de l’axe nord-sud, sur le tracé qu’elles empruntent actuellement ;
  • faire passer les lignes 51 et 82 en surface, depuis l’avenue Fonsny vers le boulevard du Midi, ce qui nécessite le comblement de la trémie de la station Lemonnier débouchant sur le boulevard du Midi et la remise en surface du 51 ;
  • faire passer en surface la ligne 81 via des voies de service existantes rue de l’Argonne.


[1] Métro Nord : à quel prix ?, analyse du 28 avril 2016. http://www.arau.org/fr/urban/detail/332/metro-nord-a-quel-prix

[2] Avis de la C.R.M.S. émis en séance du 18 novembre 2015, p. 15. http://www.crms.irisnet.be/fr/avis-de-la-crms/2015/15-11-18.579_WEB.pdf