Mobilité — Publié le 1 décembre 2009

Pourquoi vouloir le métro aujourd’hui ?

Quel est le sens, aujourd’hui, de la résurgence du lobby pro métro après plusieurs années de silence ? La première cause, l’ARAU en est convaincu, c’est la volonté de libérer l’espace public pour les voitures. Les publicités de la STIB sur les ondes sont éclairantes à cet égard : «circulez en dessous, plutôt que d’être bloqués au-dessus». C’est par cette idée simple que s’explique l’union sacrée de la STIB (qui est bloquée en surface dans ses projets d’aménagement par les voitures, par les communes et, plus généralement, par l’absence de volonté politique), du patronat (une fois la masse des usagers captifs envoyés sous terre, les décideurs, qui disposent d’une voiture de société et d’une place de parking à destination, gagneront en productivité) et les bétonneurs (pour qui le salut est dans les grands travaux d’infrastructures, surtout en temps de crise).

Le métro est un moyen de transport « capacitaire », selon le jargon stibien, rapide parce qu’indépendant des aléas de surface que le politique se refuse à réduire. A défaut de poursuivre l’objectif de réduction de 20% de la pression automobile décidé dans le Plan Iris I des déplacements de 1998 et dans le Plan Régional de Développement de 2002, les pouvoirs publics plaident pour le financement, par l’autorité fédérale, du poids de la navette et du trafic intérieur sur Bruxelles. Quitte à prétendre que le métro est auto financé (surtout quand on omet de prendre en compte les coûts, énormes, d’investissement) puisque le métro coûte jusqu’à dix fois plus cher en investissement que le tram et que les travaux sont très lents. Rappelons que la STIB a mis plus de dix ans pour boucler la petite ceinture. La STIB raisonne en terme de rendement économique. Or, les transports en commun de surface nécessitent davantage de chauffeurs. Le compte rendu du 9ème rendez-vous de progrès de la STIB intitulé « Metrovision » fait l’apologie de l’automatisation des rames (le métro sans conducteur). Il faut entendre le terme « progrès » au sens des années 60 : le progrès technologique mais certainement pas au sens du progrès social car gare aux pertes d’emploi ! Les enquêtes de satisfaction de la STIB montrent que les usagers préfèrent un moyen de transport rapide et efficace à des véhicules englués dans le trafic. Ce que nous voulons ce sont des métros légers sur les infrastructures existantes, des trams et des bus rapides et efficaces, sûrs et confortables, ponctuels, nombreux et fréquents, y compris en dehors des heures de pointe et des relations domicile travail. Les transports en commun de surface assurent la visibilité de l’offre, la lisibilité du réseau, l’accessibilité, le contact avec le paysage urbain et la lumière naturelle. Avec le même budget les pouvoirs publics pourront construire jusqu’à 10 fois plus de kilomètres de lignes, augmentant l’offre et irriguant les quartiers. C’est pourquoi les associations soutiennent la Cityvision. Pour réaliser cet objectif une seule voie : désencombrer l’espace public des voitures, mettre en œuvre les mesures d’accompagnement du RER (qui datent de 2003…), aménager les espaces publics, comme partout en Europe au bénéfice des piétons et des cyclistes. 

Isabelle Pauthier

Directrice de l’ARAU