L'ARAU a déposé la demande de classement pour l'ensemble "Sables-Marais"

L'ARAU a déposé la demande de classement pour l'ensemble "Sables-Marais"

… et publie à l’attention de l’administration (Bruxelles Développement Urbain, Direction Patrimoine et Culture) une note sur l’intérêt patrimonial des bâtiments, plaidant en faveur de ce classement.
L’Atelier de Recherche et d’Action Urbaines s’est intéressé au sort des bâtiments de l’angle « Sables-Marais » depuis l’annonce dans la presse, en 2013, d’un projet d’installation de la Haute Ecole Odisee (ex-« HUB », du réseau de la KUL) en lieu et place des immeubles existants voués à disparaître dans leur presque totalité : un projet de démolition-reconstruction découlant d’un programme inadapté, l’université et les architectes n’ayant pas cru bon de partir des potentialités du bâti existant et agissant comme sur un terrain vierge. L’ARAU est intervenu en commission de concertation et plusieurs fois par voie de communiqués de presse pour alerter le grand public et les autorités sur la valeur patrimoniale et la qualité architecturale de ces bâtiments récemment rénovés,. L’avis de l’association repose également sur des expertises et des documents iconographiques attachés à la présente note qui doivent être pris en considération pour cette demande de classementLa valeur patrimoniale de ce site doit absolument être comprise d’un point de vue architectural, urbanistique et  environnemental, trois aspects indissociables dans l’optique d’une conservation intégrée. L’ARAU souligne en ce sens la dernière modification du Code Bruxellois de l’Aménagement du Territoire qui a inscrit les intérêts urbanistique et paysager à la définition du patrimoine immobilier, la liste des motivations d’une demande de classement pouvant dorénavant  considérer ces aspects.[1]
L’intérêt patrimonial de ces bâtiments construits juste avant les grands bouleversements urbanistiques du 20 siècle ne peut effectivement  se résumer à la seule (et indéniable) maîtrise architecturale que les immeubles offrent à voir. Il est aussi directement lié à leur statut de « rescapés » qui permet d’assurer une continuité historique avec le passé du quartier du Marais, impacté par toutes les facettes de la bruxellisation. Leur préservation permettrait de protéger un caractère d’urbanité pour les visiteurs (les lieux culturels comme le Centre Belge de la Bande Dessinée et la Montagne magique sont  à quelques pas…) ainsi que de maintenir un cadre de vie porteur de sens pour les habitants qui reviennent lentement s’y installer. Faut-il également rappeler que c’est à l’angle de la rue du Marais et de la rue des Sables que le Meiboom, patrimoine immatériel, est planté chaque année et que « nos » bâtiments constituent l’unique cadre historique d’un folklore pluriséculaire reconnu par l’Unesco ?
L’ARAU insiste aussi sur l’importance éthique, d’un point de vue historique et environnemental, que pourraient recouvrir ce classement et la préservation du bâti existant, et cela d’autant plus pour le propriétaire actuel de ces biens qui n’est autre que la KULeuven, une université attachée à l’histoire et à la transmission du patrimoine.
D’un point de vue architectural, les bâtiments concernés par la demande revêtent une histoire tout à fait passionnante : un dialogue entre architectes qui ont tous contribué, dans chacune de leur intervention, au respect et à l’intégration du travail de leur prédécesseur, et ce jusqu’à la rénovation de l’époque « postmoderniste », au début des années 1990, qui a opéré un travail subtil de conciliation entre la nécessaire adaptation aux normes de confort et le respect de l’identité des lieux. A ce titre, ce site est exemplaire et il serait plus que pertinent de reconnaître le travail attentif et passionné de ces architectes qui ont cherché, sur plus d’un siècle, à assurer cohérence et  continuité entre leurs apports et les créations qui les ont précédées, tout en attachant un intérêt tout particulier au raccord avec le bâti environnant. Comme l’écrivait la Commission Royale des Monuments et des Sites en 2014 (voir annexe 1) : « tout a été mis en œuvre au cours du siècle dernier pour créer et maintenir un ensemble cohérent basé sur l’expression architecturale du majestueux édifice d’Edmond De Vigne. »
Au-delà du mérite d’une telle approche architecturale, à faire valoir et résumée plus bas, l’importance des réactions et contribution des habitants pour cette pétition de classement doit être relevée (400 demandes de classement signées venant compléter les 8000 signatures en ligne pour la sauvegarde) : les bâtiments suscitent un intérêt inattendu (le quartier est peu fréquenté et peu connu des Bruxellois) mais surtout une grande incompréhension face à ces démolitions non fondées, un modus operandi qui s’avère inacceptable en 2020 au regard de la valeur historique des bâtiments et de leur bon état de conservation.
Les signataires veulent recevoir de la Région un signe de prise de conscience et d’intérêt en faveur de la sauvegarde de son patrimoine et s’assurer que la bruxellisation n’est plus d’actualité. 
Notons également que les visites guidées que l’ARAU a organisées le 12 mars 2020 à l’occasion de la conférence de presse, avec pour objectif de présenter  les enjeux sous-tendus par le classement, ont connu un très grand succès. L’ARAU reviendra sur l’évolution de ce dossier à l’occasion de prochaines visites prévues cette année et le groupe de travail qui s’est constitué autour de ce combat, à la demande d’une trentaine d’habitants, poursuivra ses rencontres.
L’ARAU souhaite enfin rappeler l’importance historique de son action pour la sauvegarde et sensibilisation à l’intérêt patrimonial des anciens magasins Waucquez de Victor Horta (Centre Belge de la Bande Dessinée),  en face des anciennes presses socialistes également classées, pour lesquelles une autre association, Pétitions-Patrimoine, a joué un rôle fondamental… deux complexes protégés situés à quelques mètres des bâtiments voués à la démolition par la KUL : un environnement patrimonial sauvé grâce à la vigilance du milieu associatif qui persévère aujourd’hui avec conviction, pour l’intérêt général et pour le patrimoine bruxellois. L’angle Sables-Marais est dans la zone de protection des Presses socialistes.
Les points développés ci-dessous ne reprendront pas de manière exhaustive toutes les informations contenues dans les documents annexés, ils veulent souligner et argumenter l’originalité de l’ « ensemble Sable-Marais » pour soutenir la demande de classement.

[1] TITRE V. – DE LA PROTECTION DU PATRIMOINE IMMOBILIER- CHAPITRE Ier. – GENERALITES (art.206)« Pour l’application du présent titre, il faut entendre par:patrimoine immobilier: l’ensemble des biens immeubles qui présentent un intérêt historique, archéologique, artistique, esthétique, scientifique, social, technique, paysager, urbanistique ou folklorique »https://urbanisme.irisnet.be/lesreglesdujeu/le-code-bruxellois-de-lamenagement-du-territoire-cobat/version-coordonnee-fr-cobat-et-ope-applicable-au.pdf (voir p.162)