Le projet de PAD Midi n’améliorera pas l’habitabilité du quartier

Le projet de PAD Midi n’améliorera pas l’habitabilité du quartier

Parti d’une bonne intention – rendre le quartier plus habitable -, le projet de PAD Midi manque pourtant complétement le coche dans ses propositions, qui ne répondent ni aux enjeux sociaux, ni aux défis environnementaux. Une profonde révision, pour ne pas dire un virage à 180 degrés, est nécessaire !

L’objectif du projet de PAD est “le développement d’un véritable quartier de “gare habitante”” ; en d’autres termes, il s’agit de transformer le quartier (dans les limites du périmètre défini), aujourd’hui dominé par la fonction tertiaire, en un “véritable quartier” accueillant une mixité de fonctions (logements, équipements publics, commerces, activités productives) et d’usages.
L’ARAU, qui plaide depuis sa création pour l’accès, pour tous et dans tous les quartiers, à tout ce que peut offrir la ville en termes de diversité de “services” et d’usages, ne peut que souscrire à cet objectif. En revanche, la manière dont la Région entend faire du quartier de la gare du Midi un quartier de “gare habitante” pose de nombreuses questions ; la méthode et les choix posés doivent faire l’objet d’une analyse critique dans toute une série de domaines : espace public, mobilité, densité, formes urbaines, environnement, dimension (non) sociale.

Il ne fait pas de doute que les choix de la Région (absence de quotas de logements sociaux, forte densité, formes urbaines massives et hautes, absence de mesures de réduction du trafic automobile, etc.) doivent être fondamentalement remis en question et repensés, d’autant plus que le contexte a changé depuis le lancement de l’élaboration du PAD. On pense, bien sûr, à la pandémie en cours qui a attiré l’attention sur toute une série de problèmes structurels auxquels Bruxelles fait face : mal logement, manque d’espaces publics, en particulier d’espaces verts (surtout dans les quartiers centraux), etc. D’autres effets, comme le développement et la pérennisation du télétravail (et les réductions conséquentes des besoins de superficies de bureaux, déjà à l’œuvre avant la crise) doivent également être pris en compte.

Le projet de PAD Midi nécessite une profonde révision, pour ne pas dire un virage à 180 degrés. Renforcer l’habitabilité passera, nécessairement, par le développement d’une offre de logements abordables, en particulier de logements sociaux, par une diminution significative du trafic automobile, par un espace public de haute qualité et un grand parc qui ne soient pas “étouffés” par une densité trop forte ni “écrasés” par des bâtiments massifs et élevés.

En synthèse, l’ARAU formule les demandes suivantes qui ne sont pas, ou trop peu, rencontrées par le projet de PAD :

Espaces publics
Assurer la cohérence, les continuités et la lisibilité des aménagements
Créer un grand parc

Mobilité
Prendre des mesures visant une réduction du trafic automobile et pas une simple “gestion des flux”
Fixer des normes de stationnement beaucoup plus strictes

Densité
Ne pas augmenter la densité du bâti
Réduire le nombre de m² de bureaux en les remplaçant par du logement (abordable !) et des équipements publics

Formes urbaines / démolitions
Ne pas permettre des formes urbaines massives et hautes telles que des barres et des tours
Maintenir au maximum le bâti existant, ne démolir qu’en cas d’« extrême nécessité »

Logement
Assurer l’”abordabilité” de tous les logements qui seraient créés
Fixer un quota de minimum 25% de logements sociaux dans les projets d’une certaine ampleur