Les chaussées, une urbanité bruxelloise

L’ARAU mène depuis 2020 un travail de recherche sur l’histoire et l’avenir des chaussées bruxelloises. Ces artères d’intérêt régional méritent en effet un travail de documentation mais aussi une vision urbanistique, que l’on ne doit pas restreindre aux enjeux de mobilité : lieux historiques d’échange et de commerce, les chaussées concentrent également de nombreux atouts pour la ville habitée. L’ARAU propose un travail de reconnaissance patrimoniale de ces artères pour développer une vision sur leur avenir et le potentiel de ces axes pour la Région et ses habitants !

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Analyses et études

Résumé des constats et enjeux

Parmi les différents types d’espaces publics existants à Bruxelles, les chaussées constituent une catégorie particulière : ni rues, ni avenues, ni boulevards, ce sont 36 axes qui portent cette dénomination en région bruxelloise et qui représentent ainsi plus de 90km de voirie.

Le terme « chaussée », au sens de voirie interurbaine, est un belgicisme (en France, on parlera plutôt de « route ») : historiquement, il désigne une route d’une certaine importance, stabilisée et consolidée à l’aide de pavés (d’où le terme « steenweg » en néerlandais), qui relie entre eux villes et villages. Cette dernière caractéristique se retrouve dans le nom de ces axes : chaussée d’Alsemberg, d’Etterbeek, de Jette, de Mons, etc. 

Elles comptent parmi les plus anciennes voies de communication de la Région : petit à petit intégrées au tissu urbain, les chaussées peuvent se confondre avec certaines rues et avenues, mais leur tracé irrégulier, variant entre sinuosité et lignes droites, traduit leur caractère ancien et organique (pour la plupart, elles n’émanent pas des opérations d’embellissement du 19e siècle mais ont constitué des contraintes avec lesquels les ingénieurs ont dû composer). Pendant plusieurs siècles, elles constituent les principales (et parfois les seules) voies de circulation de et vers la capitale. 

En ce sens, elles ont été les témoins mais aussi les guides de la croissance des faubourgs bruxellois et de la diversification des fonctions présentes sur leur parcours.

On peut donc leur reconnaitre un rôle d’axe structurant mais aussi de support à la mixité fonctionnelle urbaine : habitat, commerces, lieux de production ou encore équipements s’établissent le long de ces chaussées et en font des lieux urbains attractifs. Si la nature de ces fonctions a pu varier au cours du temps, ce renouvellement est toutefois garant de cette attractivité. Cette mixité fonctionnelle, couplée à une circulation interurbaine qui leur est propre, ont également suscité l’apparition d’une certaine forme d’espace public. 

Cette ancienneté, la mixité fonctionnelle dont elles sont le support, et les aménagements de l’espace public qui leur sont propres, font de ces chaussées des axes à part entière, un paysage urbain particulier, et surtout un patrimoine à valoriser au sein de la Région de Bruxelles-Capitale.

Malheureusement, ces axes, leur histoire et leur valeur, sont méconnus. Si la plupart des chaussées apparaissent au PRAS comme « espaces structurants » (donnant « une lisibilité paysagère ou architecturale de qualité aux espaces publics et au bâti riverain »), elles sont relativement peu nombreuses à être reprises en ZICHEE (Zones d’intérêt culturel, historique, esthétique ou d’embellissement). La documentation et la littérature sur ces chaussées bruxelloise est elle aussi peu développée. Il n’existe à l’heure actuelle aucune étude exhaustive consacrée à l’origine, au statut ou aux spécificités de ces axes.

C’est à cette lacune que l’ARAU, depuis 2019, tente de remédier, en développant une expertise sur ces chaussées bruxelloises. Plusieurs textes et projets (en cours ou terminés) s’inscrivent dans cette tendance.

Tout d’abord, en décembre 2019, Marion Alecian publiait un premier article dans la revue Bruxelles Patrimoines, destiné à ouvrir la réflexion sur les chaussées, leur valeur patrimoniale et paysagère et leur importance en termes de mobilité et de mixité fonctionnelle, tout en insistant sur la nécessité de les penser comme des « lieux urbains », aptes à créer du lien. 

Ensuite, depuis janvier 2020, l’ARAU travaille sur un projet d’expositions et de visites guidées autour de la chaussée d’Ixelles, en collaboration avec la commune éponyme. L’exposition devra permettre d’aborder le patrimoine architectural de la chaussée et sa revalorisation, l’évolution des affectations du bâti et des pratiques de l’axe, l’importance du commerce et notamment des devantures commerciales comme patrimoine, ainsi que certains enjeux contemporains d’urbanisme et de gestion de l’espace public.

De plus, en août 2020, dans le cadre d’un master de spécialisation en urbanisme, Alix Sacré a défendu un mémoire sur les chaussées bruxelloises, dont l’objectif était d’établir une typologie de ces axes et de présenter une étude de cas, celui de la chaussée d’Ixelles. Ce mémoire tirait profit des recherches effectuées lors d’un stage au sein de l’ARAU, la même année.

Enfin, en novembre dernier, nous publiions une étude sur l’histoire des usages et de la mobilité sur le tronçon ucclois de la chaussée de Waterloo. En lien avec l’actualité récente et le dossier de la « fermeture / ouverture » du bois de la Cambre au trafic automobile, il s’agissait – entre autres choses – de plaider pour le retour du tram sur la chaussée, comme solution de mobilité au sud de la Région.

À travers l’étude chaussées bruxelloises, et aussi à travers ces premiers travaux, ce sont plusieurs enjeux urbains qui s’expriment, qui ont trait à la mobilité, au logement, à la conception des espaces publics, au dynamisme commercial ou encore à la mise en valeur du patrimoine architectural.

Les aménagements récents de l’espace public de ces chaussées, la disparition des trams sur la majorité d’entre elles ou encore la perte de mixité fonctionnelle sur une partie de ces axes sont autant de questions qui méritent développement.

Étudier ces chaussées comme typologie d’axes à part entière, dotés de caractéristiques propres et ayant joué un rôle fondamental dans la croissance de Bruxelles revêt donc d’un intérêt à l’échelle régional et permet aussi de faire droit à la diversité des réalités que recouvre le terme « chaussée ». Elles doivent être considérées comme un patrimoine viaire exceptionnel, intrinsèquement urbain par ses fonctions, qui marque l’ensemble du territoire de la Région ; un patrimoine dont la valeur tient à l’ancienneté de ces chaussées, à leur statut d’axes structurant au sein du système urbain, à la mixité fonctionnelle dont certaines sont le support, ou encore à leur capacité d’adaptation aux nouvelles fonctions et usages.