Espace Public — Publié le 18 avril 2012

RRUZ : le règlement d’urbanisme trop zoné va-t-il achever le quartier Léopold ?

Le Règlement Régional d’Urbanisme Zoné se substituerait au Règlement Régional d’Urbanisme pour la Zone du Projet Urbain Loi. L’ARAU demande le report sine die de son adoption car il ne répond pas aux objectifs « mixité » et « 0 carbone ».

Le 4 février 2010, la note aux membres du Gouvernement de la RBC BW/cv/4F/G.R.B.C. indiquait que « le projet de définition d’une forme urbaine pour la rue de la Loi a été conçu, par la RBC, la Ville de Bruxelles et la Commission européenne, pour être le catalyseur du redéveloppement du quartier. Il doit faire basculer le Quartier européen d’une zone monofonctionnelle de bureaux à un quartier mixte qui s’inscrive dans les exigences du développement durable et de la ville compacte et dense ». Deux ans plus tard, le caractère magique de ces incantations se confirme au grand jour.

L'analyse suivante contient les remarques de l’ARAU sur le projet de RRUZ dans le cadre de l’enquête publique qui s'est terminée le 18 avril 2012.

 

La Ville a en effet mis à l’enquête publique, sous les auspices de la Région et pendant les vacances de Pâques, un projet de Règlement Régional d’Urbanisme Zoné qui se substitue au titre 1er du RRU qui traite des constructions et de leurs abords pour la zone du Projet Urbain Loi (PUL). Il permet de traduire les idées du PUL en termes réglementaires. Les demandes de permis devraient s’y conformer dans l’attente de l’élaboration d’un PPAS relatif à la zone concernée.

La difficulté tient à ce que ce projet de texte réglementaire garde le pire : hérisser le quartier d’une multitude de tours, ce qui revient à achever le quartier Léopold bien que le colloque organisé par la région le 16 novembre 2010 ait bien montré l’impasse de cette solution verticale, sans apporter aucune garantie sur les intentions d’introduire du logement et de réduire la pression automobile. Même élargi et encaissé sous des gabarits encore plus hauts, un égout à voiture reste un égout à voitures.

L’ARAU s’est posé la question : faut-il abandonner le quartier Léopold au tertiaire et à l’Europe, au prétexte qu’il est déjà largement massacré et bien desservi ? Nous ne pouvons nous résoudre à ce défaitisme parce que, débridée de la dernière contrainte qui la contient (le respect imposé des gabarits), la tache d’huile européenne ne peut qu’étendre ses nuisances aux quartiers habités qui l’entourent : le quartier nord-est, autour des squares et la « réserve d’Indiens » des rues de Toulouse et de Pascale. Aucune tour ne peut être construite à moins de 330 m de la lisière des quartiers habités car l’ombre portée d’une tour de 100 m de haut porte jusqu’à 330 m, comme démontré par une étude commandée par la Région à l’UCL[1]. Ce simple constat met tout le RRUZ par terre.

Il n’y a, en réalité, plus aucune urgence, car la Région a interdit à la Commission européenne d’aller créer un nouveau ghetto européen sur le site enclavé de Delta et que celle-ci n’a plus les moyens budgétaires de ses folles ambitions pour l’ilot qu’elle contrôle dans le PUL. Par ailleurs la Commission n’aurait besoin pour l’instant que d’une « demi-tour » si l’on en croit ce que nous rapporte Charles Picqué, en répondant à une interpellation le 29 mars dernier où il explique que la Commission européenne est « intéressée par l’intégration d’une partie de ses besoins programmés à Delta sur et dans le PUL, puisqu’elle va lancer un appel à manifestation d’intérêt pour 50 000 m² dans ce périmètre »[2]. Les besoins actuels de la Commission n’obligent pas la Région à prévoir un règlement qui permet l’érection de 3 tours ou plus dans un même îlot. 50 000m² équivaut à la moitié de la superficie de la tour du Midi (165m de hauteur, 110 000m² de superficie) ! Il ne faut pas tant rappeler les besoins de la Commission en bureaux, que ceux de la Région en logements !

 

Conclusions de l'analyse

L’abandon, par la RBC des velléités d’accueillir la Commission européenne sur le site de Delta, et la difficulté budgétaire actuelle doivent forcer à reconsidérer les intentions de la Commission européenne pour l’îlot 130 et – partout- cette incitation au remembrement des îlots qu’est le RRUZ.

  • La priorité absolue consiste à mettre en œuvre les mesures du plan Iris II ;
  • Cet idéal de la « liberté architecturale » incarné par ce modèle international banal de clusters de tours ne correspond pas aux  traditions culturelle et architecturale européennes. L’avenir du quartier européen ne peut s’incarner dans  une forme urbaine de promoteurs, au risque de confirmer le grief qui lui est fait par ses détracteurs : être pieds et poings liés au marché.
  • Le PRDD, puis le PRAS démographique, doivent imposer effectivement la mixité fonctionnelle et sociale à l’échelle de la ville et en particulier dans les quartiers monofonctionnels administratifs.
  • Le meilleur moyen de construire un éco-quartier consiste à construire des immeubles mitoyens.
  • Il faut une étude d’incidences sur ce nouveau règlement. 
  • L’ARAU demande le report sine die de l’adoption du RRUZ.

Si on veut « récupérer » le quartier sur le plan urbanistique, le RRUZ ne constitue pas la bonne approche.

La RRUZ  ne peut (malheureusement) pas être un outil de captation des plus-values ni un outil pro-logements. Mais il ne doit pas non plus générer une forme urbaine qui va amplifier la production de plus-values privées sans compensations pour la collectivité et rendre physiquement impossible le maintien du logement existant et la réinsertion du logement par les nuisances qu’il engendre (ombres portées, tourbillons de vent, consommation énergétique débridée, pression sur l’environnement urbain du fait de la concentration, etc.).

Les charges d’urbanisme qui sont à programmer dans le futur PPAS doivent être réalisées dans le même quartier que celui du projet, pourquoi pas prioritairement dans les nouvelles zones de recul ou encore dans les zones « de réflexion pilotes » choisies spécifiquement pour une réinsertion du logement (l'îlot Science/square Frère-Orban/Jacques de Lalaing) annoncées par Charles Picqué dans l’interpellation citée en introduction.

Quelle est la cohérence avec le schéma directeur ? Le schéma directeur ne rejette pas a priori l’architecture de « tours » mais il n’accepte aucun projet qui nuise à l’urbanité

La seule ruse du PUL réside finalement dans le pouvoir magique du recul d’alignement qui permet de créer des tours dans chaque îlot…

Cette volonté de permettre une multitude d’échelles nuit à la seule qui fasse ville : l’échelle humaine.


[1] BXXL /Objectivation des avantages et inconvénients des immeubles élevés à Bruxelles, sous la direction de Bernard Declève. Rapport : http://www.uclouvain.be/cps/ucl/doc/arch/documents/BXXLimmeubleselevesRapport.pdf

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